Portrait de Stéphanie Lambert : Directrice de recherche FNRS et professeure au Department of Chemical Engineering – Nanomaterials, Catalysis and Electrochemistry
Côté Face – Côté Pile
La chercheuse, son parcours, ses passions
Née en 1975, Stéphanie Lambert a grandi dans la petite commune d’Amay, située le long de la Meuse entre Huy et Liège.
Côté face, elle a réalisé ses études d’ingénieur civil chimiste à l’Université de Liège (ULiège) et a obtenu son diplôme en 1999. Elle y a ensuite obtenu une thèse de doctorat en 2003 sur le développement de catalyseurs inorganiques pour l’oxydation des composés organiques volatils et l’hydrodéchloration de composés gazeux chlorés. Stéphanie Lambert a alors quitté le milieu universitaire pour rejoindre l’entreprise NANOCYL, où elle a exercé le poste de responsable R&D pour la production de nanotubes de carbone par dépôt catalytique en phase vapeur. En octobre 2005, elle revient à « ses premières amours scientifiques » en obtenant un poste de chargé de recherches FNRS à l’ULiège. Au cours de ce mandat, elle a effectué un séjour post-doctoral au Department of Chemical Engineering de l’University of Illinois at Chicago (USA). En 2007, elle a réalisé un séjour de recherches au Laboratoire d’Architectures Moléculaires et Nanomatériaux de l'Institut Charles Gerhardt à Montpellier (France). En octobre 2009, elle a obtenu un poste de Chercheur qualifié FNRS à l’Université de Liège, puis de Maître de Recherche en 2018, et enfin de Directrice de Recherche en 2022. Au 1er septembre 2025, elle quittera définitivement le FNRS pour commencer sa nouvelle carrière de Professeure au sein du Department of Chemical Engineering de notre faculté.
Architectes discrets de nos vies quotidiennes, les ingénieurs en chimie et science des matériaux sont devenus des acteurs incontournables des mutations écologiques de notre société. Intégrant cette mouvance qui transfigure les modes de production, les recherches de Stéphanie Lambert ont toujours visé à développer des matériaux inorganiques par des procédés de « chimie douce », en réfléchissant à leurs applications futures.
Côté pile, Stéphanie Lambert est mariée et maman de deux garçons, nés en 2005 et en 2009. Elle adore la montagne où elle pratique la randonnée en été et le ski alpin en hiver. Elle est également passionnée de musique classique depuis toujours : elle joue de la flûte traversière depuis l’âge de ses 12 ans.
Des enjeux sociétaux et industriels
Les recherches de Stéphanie Lambert sont focalisées sur deux thématiques principales : (i) l’utilisation de (nano)matériaux pour la dépollution des eaux de rejets et des fumées industrielles via des procédés catalytiques et oxydatifs, et (ii) depuis 2017, le développement de (nano)matériaux inorganiques pour la régénération osseuse et tissulaire.
Les eaux usées contiennent de plus en plus des micropolluants persistants (dits éternels), résistant aux traitements classiques des stations d’épuration. Malgré leurs effets potentiellement néfastes, ils sont rejetés dans les rivières d’Europe quotidiennement. Leurs structures moléculaires variées et leurs concentrations minuscules les rendent difficiles à éliminer. Les procédés catalytiques et d’oxydation avancée constituent cependant une solution réaliste. Les approches développées par Stéphanie Lambert sont aussi appliquées au traitement des PFAS, récemment apparus dans l’actualité.
Dans le domaine médical, Stéphanie Lambert s’intéresse aux matrices poreuses, appelées « scaffolds» qui sont de plus en plus utilisés dans le cadre de la régénération osseuse de petites fractures. Ces matrices poreuses ont été spécifiquement adaptées pour supporter et contrôler l’organisation spatiale des cellules souches osseuses. Bien que différents matériaux aient été proposés pour leur conception, leur évaluation in vivo a montré un manque de bioactivité et d’intégration. Dans ce contexte, les recherches menées ont pour objectif de développer des scaffolds biodégradables présentant une porosité et des propriétés de surface spécifiquement conçues pour promouvoir la régénération osseuse par une distribution locale et continue de facteurs de croissance. Pratiquement, les applications considérées sont des implants biodégradables permettant la régénération du tissu osseux naturel.
Toujours dans le domaine médical, depuis la crise COVID, il s’est avéré que l’utilisation de textiles anti-microbiens et/ou anti-viraux était d’une importance cruciale. Lorsqu’on parle de textiles médicaux, il s’agit aussi bien des casaques des chirurgiens que des pansements utilisés pour le traitement des plaies. Ainsi, l’incorporation d’agents anti-microbiens et anti-viraux dans ces textiles représente un défi majeur. Dans ce cadre, le développement de structures inorganiques poreuses, inertes et biocompatibles permettent d’encapsuler dans un premier temps les agents anti-microbiens, puis de les relarguer de manière contrôlée au cours du temps au cœur des textiles. Ces recherches mènent à des équipements « plus » adaptés au contexte actuel pour le corps médical et associé.
Ses recherches et enseignements
Depuis qu’elle a été nommée comme Chercheuse Qualifiée du FNRS, Stéphanie Lambert contribue au développement de nouveaux « matériaux orientés produits », c'est-à-dire développant les caractéristiques nécessaires à leur application future. La méthodologie développée intègre à la fois les aspects liés à la microstructure du matériau, la caractérisation des propriétés d'utilisation du matériau final et la conception du processus de fabrication, de l'échelle du laboratoire à l'échelle industrielle. Cet objectif nécessite de combiner un travail de synthèse, un travail de caractérisation et un travail de scaling-up. Les activités de l’équipe de recherche de Stéphanie Lambert s'étendent à des domaines tels que la catalyse environnementale et le développement de nouveaux (bio)matériaux fonctionnalisés. Au cours des années, ces recherches ont été reconnues via la publication de plus d’une centaine d’articles scientifiques dans des journaux de renom, une vingtaine de prix scientifiques obtenus via les travaux de fin d’études et des thèses de doctorat, ainsi qu’une soixantaine d’invitations dans des congrès scientifiques internationaux.
Au début 2022, les résultats obtenus par Stéphanie Lambert dans le cadre du projet AOPTi (Assessment of Advanced Photocatalytic Oxidation process for Micropollutant Elimination in Municipal and Industrial Waste Water Treatment Plants) ont été pris en exemple comme une «success story» du projet européen CORNET. Ce projet, mené en collaboration avec le centre de recherches CELABOR et l’Institut für Energie- und Umwelttechnik e.V. (IUTA), visait à réduire les micropolluants dans les eaux usées des stations d'épuration municipales et industrielles. Une combinaison d'ozonation, de photocatalyse et d'une étape d'adsorption a été développée et installée dans un conteneur mobile en sortie de la station d’épuration de Duisburg (Allemagne, 350.000 EH). Cette unité de finition a permis un abattement total de nombreux composés pharmaceutiques et de pesticides.
Même en sa qualité de chercheuse permanente du FNRS, Stéphanie Lambert a toujours accordé une grande importance à la transmission de ses connaissances aux étudiants ingénieur civil. Ainsi, elle a enseigné différents cours basés sur ses thématiques de recherche comme les matériaux inorganiques, les nanomatériaux, ou encore les procédés d’oxydation avancée. Avec sa nomination dans le corps académique de l’ULiège, les futurs ingénieurs chimistes de la Faculté des Sciences Appliquées vont pouvoir profiter encore davantage de sa très grande expertise.
